dima
  • You have to blow

    2017

    La Mer Égée s'étend comme un paradis bleu. Une destination touristique qui résonne dans l'imaginaire collectif. Pour les réfugiés, c'est avant tout un mur. Un obstacle vers l'Europe de plusieurs kilomètres de long ; une zone quadrillée de jour comme de nuit par des frégates militaires. Depuis les côtes turques l'île de Lesbos apparaît comme une promesse. Vision floue d'une terre à fouler coûte que coûte, au risque d'y perdre la vie.

    Témoins de cette mer qui charrie les corps, quelques habitants de l'île ont créé un cimetière. Un lieu de reccueillement improvisé à l'écart des villages. Quelques dizaines de tombes se dessinent dans l'ocre de la terre. Comme seules traces : des plaques en marbres plantées à même le sol et la mention d’un âge ou d’un nom de famille. Mais parfois rien de tout cela. Certains corps n’ont pas pu être identifiés. Une simple pierre ramassée orne la tombe dans un dépouillement silencieux.

    À quelques kilomètres de là, c'est le bleu de la mer qui domine. Sur la petite commune de Neapoli, des réfugiés reprennent contact avec l’eau aidés par des volontaires d’ONG. Pour certains d’entre-eux, venus d’Afrique centrale ou d’Afghanistan, la vision même de la mer est une découverte. Enfants et adultes apprennent à nager pour surmonter le traumatisme, pour se reconstruire, pour rester digne. L’inexorable attente du réfugié est effacée un court instant. Sentir son corps flotter dans les vagues est déjà une victoire. Pour avancer, il faut respirer.