• You have to blow

    2017

    La Mer Égée s'étend comme un paradis bleu. Une destination touristique qui résonne dans l'imaginaire collectif. Pour les réfugiés, c'est avant tout un mur. Un obstacle vers l'Europe de plusieurs kilomètres de long ; une zone quadrillée de jour comme de nuit par des frégates militaires. Depuis les côtes turques l'île de Lesbos apparaît comme une promesse. Vision floue d'une terre à fouler coûte que coûte, au risque d'y perdre la vie.

    Témoins de cette mer qui charrie les corps, quelques habitants de l'île ont créé un cimetière. Un lieu de reccueillement improvisé à l'écart des villages. Quelques dizaines de tombes se dessinent dans l'ocre de la terre. Comme seules traces : des plaques en marbres plantées à même le sol et la mention d’un âge ou d’un nom de famille. Mais parfois rien de tout cela. Certains corps n’ont pas pu être identifiés. Une simple pierre ramassée orne la tombe dans un dépouillement silencieux.

    À quelques kilomètres de là, c'est le bleu de la mer qui domine. Sur la petite commune de Neapoli, des réfugiés reprennent contact avec l’eau aidés par des volontaires d’ONG. Pour certains d’entre-eux, venus d’Afrique centrale ou d’Afghanistan, la vision même de la mer est une découverte. Enfants et adultes apprennent à nager pour surmonter le traumatisme, pour se reconstruire, pour rester digne. L’inexorable attente du réfugié est effacée un court instant. Sentir son corps flotter dans les vagues est déjà une victoire. Pour avancer, il faut respirer.
  • À l’américaine

    2014-2016

    On pourrait dire ces filles là qu’elles n’ont pas froid aux yeux. Et pourtant aucune d’elles ne s’aventure à fixer l’objectif. Regard frondeurs certes mais de biais et cachés par plusieurs couches de fard et de rimmel. Regard concentré sur un point fixe qu’elles seules peuvent voir, qu’elles seules doivent voir pour garder l’équilibre. Regard inexistant, pour l’une d’elle, Fatou dans sa chambre de jeune fille est assise sur son lit donnant le dos à l’objectif. Il y a ce tee shirt jaune canari et ce nom de Duchess, nom de son groupe de pom-pom girl, ou, préfèrent-elles, de cheerleaders. En dessous de ce nom, un slogan, en anglais, et qui nous dit « faites le avec passion, ou ne le faites pas ».

    Le photographe Romain Baro explique dans le magazine Vice, qu’il faisait en fait un reportage sur une équipe française de football américain, avant de remarquer ces bandes de filles principalement – les garçons s’y font rares – qui dansent et présentent leurs figures acrobatiques, avant les matches et pendant la mi-temps pour supporter les équipes. Fais-le avec passion ou pas du tout disent les Duchess, slogan que l’on pourrait généraliser à toute la discipline. Romain Baro explique en effet que du terrain de sport, « les adolescentes les plus américaines de l’hexagone » selon le titre de l’article, lui ont ouvert la porte de leur intimité. Celle de leur chambre aux multiples mascottes et médailles. Celle de leur rêve aussi, celui d’un « collectif passionné ». Comme « un concentré dit-il, de leur vie future ». Un rêve de collectif comme il en existe dans bien des discours, et qui se vit ici de manière nécessairement spectaculaire. Avec Passion, sinon rien.


    Emilie Chaudet, France Culture
  • Torino 2006

    2014

    En 1999, six villes sont en compétition pour accueillir les XXème Jeux olympiques d'hiver : Helsinki (Finlande), Klagenfurt (Autriche), Poprad-Tatry (Slovaquie), Sion (Suisse), Turin (Italie) et Zakopane (Pologne). Lors du vote final, seules Turin et Sion sont encore en lice. Le dossier suisse est de loin le favori, et la surprise est totale lorsque la capitale du Piémont remporte les JO. Au lendemain de la victoire, le journal italien La Stampa titre : « Le CIO récompense le système d'une grande ville qui réunit sport et montagne ».

    Mais ce « système » a une particularité. Car la majorité des compétitions des JO de Turin n'a pas eu lieu à Turin même, mais à 80 km de là, dans les vallées de Suse et de Chisone, où il a fallu aménager tout un territoire. À l'époque, des organisations environnementales ont préconisé de construire des installations provisoires, moins coûteuses et plus écologiques. Mais la solution n'a pas été retenue par les organisateurs italiens. Et le paysage alpin s'est transformé pour accueillir des géants d'acier, la piste de bobsleigh de Cesana et le stade de saut à ski de Pragelato en vedettes.

    Dans ces vallées, l'engouement suscité par les Jeux est aujourd'hui un lointain souvenir. L'euphorie n'est plus là. Les infrastructures sont fermées ou laissées à l'abandon, et les habitants de la région dénoncent un legs olympique trop lourd à porter. Les causes évoquées sont toujours les mêmes : le manque d'argent et le défaut de personnel qualifié pour gérer et entretenir les sites. Mais un regret plus important encore persiste : l'absence de réelle concertation entre les organisateurs et les populations locales en amont du projet.


    Montagnes
  • École d’Arts du Choletais

    2014

    Communication de la Classe Préparatoire de l'École d’Arts du Choletais.
  • KAIA

    2013

    À l’heure du désengagement, ils sont les derniers français déployés en Afghanistan. À Kaboul, ils poursuivent le processus de transition sur la base internationale de KAIA, près de l’aéroport. Au cours de leur mission, peu d’entre-eux quittent l’enceinte du camp. KAIA est un lieu où l’on travaille, mais également, un lieu où l’on vit.

    Supplément Géo & Politique du journal Le Monde et lemonde.fr
  • À Kaboul, l’aéroport de l’espoir

    2013

    Vu de l'extérieur, rien ne laisse présager des travaux en cours. La peinture de la façade est éclatante, et l'immense affiche du commandant Massoud, le "lion du Panchir", est bien tendue. Pourtant, à l'intérieur de l'aéroport international de Kaboul (KAIA), des ouvriers s'activent à rénover la tour de contrôle. D'ici à un an, les murs hérités des années 1960 auront fait peau neuve pour accueillir de nouveaux équipements. Un chantier capital pour Kaboul, longtemps privée de son aéroport.

    Supplément Géo & Politique du journal Le Monde et lemonde.fr
  • Ola, Alia, Vincent & Michelle

    2013

    Être demandeur d’asile avec une lourde histoire ne suffit pas à obtenir une autorisation de séjour, et le passage devant l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), reste une épreuve difficile. La plupart des demandeurs sont recalés pour « récit stéréotypé », « manque de spontanéité à l’oral », « absence de personnalisation ». [...] Le nombre de demandes d’asile devant l’Ofpra est en constante augmentation depuis 2007, atteignant 40 654 premières demandes en 2011. Tous ne prêtent pas une attention suffisante à la préparation des dossiers, faute d’interlocuteurs, et restent impuissants à faire partager la singularité tragique de leur parcours.

    Le Monde
  • Ground Zero

    2011

    Sur le chantier de Ground Zero, dix ans après les attentats du 11 Septembre, les casques des ouvriers témoignent d’une Amérique sous tension : entre protestation contre le projet de construction d’une mosquée et messages explicites à l’encontre des immigrés illégaux.